Pour un chantier en santé, il faut plus que des vœux pieux. Il faut miser sur le leadership des gestionnaires et intégrer la prévention à tous les niveaux de la chaine opérationnelle.

 

Au chantier, l’influence des leaders joue un rôle capital dans la gestion de la santé et de la sécurité du travail (SST). D’abord parce qu’aucune culture de prévention ne peut émerger au sein d’une organisation sans l’engagement entier et formel de ses dirigeants, du chef d’entreprise au contremaitre en passant par les niveaux décisionnels intermédiaires. Ensuite parce que ce sont eux qui ont le pouvoir de fédérer les travailleurs autour de la SST et de les mobiliser pour qu’ils réduisent les risques propres à leurs tâches.

« Pour déployer une culture SST au sein d’une entreprise, il faut impliquer les gestionnaires et intégrer la prévention dans les opérations quotidiennes du chantier, note Tanguy Paquot, directeur Santé, sécurité et environnement pour EBC. Malheureusement, on voit plutôt la prévention comme une spécialité relevant de l’agent de sécurité, alors qu’elle devrait être une composante du rôle du gestionnaire. C’est la ligne opéra¬tionnelle qui devrait piloter la SST, tandis que le professionnel en prévention joue le rôle de copilote et guide les gestionnaires dans leurs décisions. »

Assurer le leadership

Tanguy Paquot parle en connaissance de cause. Il a participé à l’implantation d’un projet pilote de leadership exécutif en prévention au chantier du garage Côte-Vertu de la Société de transport de Montréal (STM). Ce programme maison, qui mise sur l’engagement de la direction pour renforcer la culture de l’entreprise en matière de santé et sécurité du travail, s’appuie sur les quatre principaux axes de la prévention, à savoir la gestion des risques, l’enquête et l’analyse des événements, les réunions de chantier et, bien entendu, le leadership.

Tanguy Paquot, directeur Santé, sécurité et environnement pour EBC. Photo : EBC

« La gestion des risques en est l’élément fondamental, parce qu’elle se fait en amont, avant même que le chantier ne démarre, souligne le gestionnaire. C’est une approche proactive, qui débute par une analyse de risque pour aboutir, une fois le risque identifié, à une méthode de travail sécuritaire. » À ne pas confondre toutefois avec l’analyse sécuritaire des tâches, qui en découle et qui permet l’adaptation aux conditions de chantier selon la tâche, par exemple par le renforcement des précautions à prendre pour un travail en hauteur lorsque le sol est détrempé et boueux.

Le leadership exécutif repose de plus sur l’imputabilité, la crédibilité, la visibilité et le passage à l’action de ses dirigeants, à tous les niveaux hiérarchiques. En d’autres mots, les gestionnaires sont invités à intervenir directement sur le terrain et à influencer la conduite des travailleurs, non seulement en renforçant les comportements positifs par des observations constructives et objectives, mais également en poussant le contrôle des risques à son plus haut niveau.

« Par renforcement positif, on veut dire souligner les bons coups, les améliorations, précise Tanguy Paquot. Mais ça implique d’être présent sur le chantier. Il faut aussi retenir que l’agent de sécurité aura moins d’influence sur le travailleur que ses supérieurs. Quand c’est le contremaitre ou le surintendant qui intervient, ça a plus d’impact. Son intervention sera encore plus efficace si elle est suivie d’un contrôle pour vérifier si la consigne a été appliquée. Mais pour ça, il faut coacher chaque représentant de la ligne opérationnelle afin qu’il soit en mesure d’interagir avec les travailleurs. »

Changer les mentalités

Pour mesurer les résultats de cette approche centrée sur le leadership, Tanguy Paquot dit favoriser les indicateurs proactifs plutôt que réactifs. Plutôt que de monitorer la performance de l’entreprise en fonction des incidents survenus, comme la gravité et le taux de fréquence, chaque niveau de supervision est responsable de certaines procédures et s’assure de leur application sur le terrain. Il est ainsi possible d’en faire le suivi et, du coup, d’évaluer l’efficacité d’un vice-président comme d’un contremaitre.

Un projet pilote de leadership exécutif en prévention a été développé par EBC au chantier du garage Côte-Vertu. Photo : EBC

Au chantier de la STM à Côte-Vertu, les résultats ont dépassé les attentes. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes; notre taux de fréquence a diminué de 70 pour cent, mentionne le responsable SST. On a aussi réussi à modifier la culture SST au chantier en implantant une culture de déclaration, où on encourage les gens à dénoncer tout événement, plutôt que de valoriser le zéro accident. Parce qu’un chantier en santé, ce n’est pas un chantier où aucun accident se produit.

« Au contraire, un tel chantier est un chantier dangereux, car les incidents, les « passer proche », ne sont pas déclarés, on ne peut donc pas agir dessus, poursuit-il. Quand on encourage la déclaration des situations problématiques, on voit à quel point certaines tâches sont dangereuses et on peut intervenir pour les contrôler. Mais cette approche n’est pas évidente, elle va à l’encontre de la culture de l’industrie, où il faut aller vite et jouer les durs. D’où l’importance pour la chaine opérationnelle de jouer son rôle de leader en prévention et de montrer la voie à suivre. »

Auteur: Marie Gagnon

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