Le 14 Octobre 2020

La vraie vie ne peut pas être traitée en silo!

Article inspiré du Podcast 5 à 7 RH où les questions de Camille mènent Gérald à nous raconter des histoires passionnantes sur la prévention.

Podcast: « https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/910986217&color=%23ff5500&auto_play=false&hide_related=false&show_comments=true&show_user=true&show_reposts=false&show_teaser=true »

La passion de Gérald Perrier pour la santé-sécurité a pris naissance alors qu’il travaillait non pas comme conseiller en santé-sécurité mais plutôt comme contremaître dans une usine de fabrication de câbles d’acier à l’âge de 21 ans. Face à un nombre d’accidents assez important, Gérald a choisi de dédier son temps libre sur le quart de soir à élaborer un plan pour améliorer les résultats en santé-sécurité.  À cette époque où ses employés étaient davantage ses « mononcles » que ses subordonnés, le succès de sa démarche est passé par l’engagement et le travail d’équipe plutôt que par la discipline.

Ainsi, c’est dans l’action et dans l’humain qu’allait naître la vision ayant mené Gérald et son équipe à accompagner de nombreux clients. Dans cette vision, la santé-sécurité au travail n’est pas liée à la loi mais à ce que les gens peuvent accomplir ensemble. Le devoir des organisations n’est pas un travail de conformité mais plutôt un travail de prévention visant à mettre en place les bonnes actions, les bonnes interactions. Si cette vision a pu lui mériter l’étiquette de « naïf » avant qu’il ne se donne la liberté de la faire vivre au sein de sa propre compagnie, elle a aussi fait son succès auprès des nombreux clients du Groupe-conseil Perrier.

Aujourd’hui, il est nécessaire d’ajouter la variable de la culture à l’équation et ultimement de parler d’intégration. La culture d’une entreprise gravite autour de trois éléments : les valeurs, les croyances et les normes de comportement, c’est-à-dire les façons de faire des personnes. En analysant ces trois éléments de façon plus poussée, on découvre parfois très clairement ce qui occasionne des incidents et de la même manière ce qui peut affecter la santé psychologique des personnes. Les effets de la culture augmentent ou réduisent la probabilité qu’une personne se blesse ou qu’une personne se sente mal ou stressée par son travail. Ceci est une voie intéressante pour mieux intégrer les risques psychosociaux à la discussion car ceux-ci n’ont pas toujours été bien intégrés dans l’expression « santé-sécurité ».

On constate souvent que les relations entre les personnes, leurs interactions tournent autour des comportements à risque et de la menace qu’un accident ne survienne, on remarque ce qui cloche plutôt que ce qui va bien! En changeant certaines choses qui prennent racine dans la culture et en intégrant dans les interactions l’encouragement des pratiques sécuritaires, les résultats peuvent être assez étonnants. Alors tout cela permet d’améliorer l’atmosphère et la performance des équipes mais également l’impact que nous aurons. Cela réduit les accidents mais cela peut aussi réduire le stress et les autres facteurs en lien avec les risques psychosociaux.

Un autre champ de la prévention où il est important de s’intéresser à la culture et à l’aspect plus global d’un problème est celui de l’enquête et de l’analyse des accidents. Par exemple, si l’on est face à une situation où plusieurs personnes se blessent en raison de chutes, il sera important de remonter dans les facteurs organisationnels sur lesquels les dirigeants peuvent avoir un impact plutôt que de régler, cas par cas les conditions matérielles ayant menées aux différentes chutes.  De plus, il faut savoir qu’en s’attaquant aux facteurs organisationnels et à la culture, on peut régler des problèmes ayant un impact sur beaucoup d’autres aspects de l’entreprise plutôt qu’uniquement sur la sécurité.  L’exemple d’un client travaillant dans le domaine pharmaceutique ayant réalisé que le défi en matière de leadership qu’il avait identifié comme cause fondamentale à certains accidents de travail avait aussi des effets sur le volet qualité dans son entreprise est plutôt marquant. Cette entreprise a décidé de traiter les deux sujets ensemble en améliorant le leadership globalement. Cet exemple était spécial car dans l’industrie pharmaceutique, un problème dans la qualité du produit pourrait éventuellement devenir dangereux pour les futurs consommateurs de médicaments, c’est donc la sécurité des patients en plus de celle des travailleurs qui a été améliorée dans cette démarche visant au départ l’amélioration du leadership en matière de sécurité. C’est donc assez fascinant de constater à quel point les nombreux défis d’une entreprise sont interreliés et ne peuvent être traités séparément.

Dans ce contexte, il est crucial de ne pas se contraindre à une seule avenue, à des solutions simples ou à la seule implantation de systèmes si l’on souhaite avoir un impact sur des problèmes complexes. La vraie vie ne peut pas être traitée en silo! Trop de démarches se font en silo par des experts alors qu’une vision globale et un leadership impactant sont requis pour influencer la santé psychologique, la sécurité, la qualité, la production et la profitabilité de l’entreprise. La « porte d’entrée » que peut parfois constituer certains défis en santé-sécurité vers l’amélioration du leadership et de la culture d’une entreprise de façon globale est intéressante car très d’actualité. Elle est d’autant plus importante pour les travailleurs, pour les dirigeants et pour tous les acteurs au sein de l’organisation qui doivent bénéficier de milieux de travail sécuritaires et où ils peuvent réaliser leur plein potentiel.

Au final, le « secret » selon Gérald Perrier tourne autour de l’engagement. Non seulement l’engagement des dirigeants mais celui de tous les acteurs. Finalement, ce n’est peut-être pas un si gros secret, mais sans doute un grand défi!

 

Référence de livre : Safety differently